Assassin’s Creed Origins

Assassin's Creed Origins

Je vais prendre soin d’éviter d’utiliser la même méthode que celle utilisée par ceux que je critique – en l’occurrence Ubisoft, en vous faisant miroiter de la merde sous couvert de chef-d’œuvre. Allons droit au but : Assassin’s Creed Origins est un mauvais jeu, une crotte de chameau encore chaude, un furoncle ludique sur le gros cul du joueur lambda. Maintenant que ce jugement de valeur est appuyé et assez clairement explicité, passons au jugement de fait et découvrons ce qui fait qu’AC Origins est un mauvais jeu vidéo qu’il faut éviter comme le choléra. Le jeu michetonne tellement comme une débutante sur un trottoir mal éclairé, qu’il me donne ce sentiment d’être à l’image de son époque et de sa communauté de youtubers demeurés, les mêmes qui pensent qu’il suffit de crier comme un lourdeau sorti d’un AVC pour se donner de l’importance. Mais bref, passons, on ne va pas refaire le petit monde du jeu vidéo. En revanche, AC Origins, je vais bien lui refaire le fondement, en long, en large et en travers. De la gorge.

 

Bien, commençons par le commencement : la narration. Au tout début du jeu, on apprend les choses suivantes : on est un Medjaÿ (un soldat d’élite en somme), on nous a fait du mal, on va se venger et tuer tous les responsables (et c’est à peu près raconté tel quel). Bien. Une histoire de vengeance assez classique mais qui fonctionne toujours, pour peu que l’on sache raconter une histoire, ce que ne sait pas faire Ubisoft. En effet, dans le domaine de la vengeance, il est primordial de créer de l’empathie pour le personnage qui cherche à se venger : je ne parle pas de compassion ou de sympathie mais bien d’empathie – cette faculté à se mettre à la place d’autrui pour partager ses sentiments et reconnaître ses émotions.

Mais bon sang, c’est tellement mal mis en scène, tellement mal raconté, que toute l’entreprise narrative tombe à l’eau. Autant le fond de l’histoire n’est pas palpitant, autant la forme relève d’un amateurisme choquant pour un jeu d’une telle ampleur (et en termes de budget, et en termes d’équipe). Pour tout vous dire, passé les neuf heures de jeu, l’histoire se déroulait devant moi avec une tristesse confondante de lieux communs. En ce qui me concerne, un tel jeu se doit d’avoir une écriture irréprochable, ce qui n’est pas le cas, brisant au passage toute volonté de progression. Après tout Bayek peut bien réussir ou tomber de vingt mètres de haut, ça m’est égal. Et ce n’est pas le gameplay qui va relever le niveau, hélas.

Surtout que je n’aime pas me faire arnaquer sur la marchandise ; quand on me dit que le jeu est à la croisée du jeu d’action-aventure et du RPG, j’attache ma serviette autour du cou, j’attrape mes couverts, et je salive. Malheureusement, le jeu n’a absolument aucun rapport, de près ou de loin, avec un RPG. La progression suit une ligne droite établie dès le départ : vous n’aurez pas le choix dans vos compétences, puisque l’arbre de talents n’est que de l’esbroufe. En effet, il n’y a pas à se prendre la tête à débloquer tel ou tel point de compétence, puisque vous débloquerez presque tout ce qui est utile au fil de l’eau, sans système de bonus-malus. Il aurait été intéressant de procéder en faisant en sorte que l’on soit obligé de choisir un arbre de talent plutôt qu’un autre (en plus de rallonger la durée de vie niveau rejouabilité).

Mais ça ne marche pas non plus, parce que le jeu est d’une simplicité enfantine : pas d’énigmes torturées, pas de combats insurmontables, pas de surprises dans le jeu… Donc, vous pouvez jouer comme bon vous semble (guerrier, archer, fufu…), ça ne changera strictement rien à la façon de mener à bien votre quête. Ensuite, vous pouvez faire le jeu sans vous servir des compétences que l’on vous propose : il suffit de jouer l’infiltration et le tour est joué. L’IA est tellement anémique et mal-branlée que vous pouvez tout faire : raser un palais royal de tous ses occupants en quinze minutes (montre en main je précise), fumer un garde à côté de son pote sans que ce dernier ne remarque quoi que ce soit, vous cacher en deux secondes comme si de rien n’était, grimper sur un toit pour annuler l’état de recherche des ennemis. Vous avez bien lu !

Soyons francs : le premier épisode de la série était bien plus poussé et complexe dans ses mécaniques de jeu que cet Origins, surtout dans notre rapport aux gardes et aux divers ennemis. Même le fameux « parkour » , marque de fabrique d’Ubisoft sur sa série fétiche, est passé à la trappe. Le jeu joue sur sa verticalité pour nous faire faire de l’escalade (aucun intérêt ludique), mais exit les petites ruelles blindées de passants et de badauds où l’on devait courir en sautant et grimpant partout afin d’échapper à des gardes retors et fourbes. Mais merde quoi ! Toutes les features intéressantes ont disparu. Je passe sur le fait que vous puissiez tuer des gardes en pleine rue sans que ça ne pose de problème à qui que ce soit : les habitants s’en foutent complètement. D’ailleurs, les PNJ sont à l’image d’Ubisoft : on a le sentiment que personne n’en a rien à foutre. Mais alors, rien du tout. Disparaître dans la foule n’est même plus possible parce qu’on s’en fout ! Un comble tout de même.

Mais ça ne s’arrête pas là ; l’hécatombe continue. Les équipements à looter tombent par dizaines et sortent de chaque ennemi comme de chaque sac de graines (sic) comme dans un bon vieux hack’n slash : c’est cela qu’on appelle une feature RPG ? On ajoute des couleurs de rareté et une statistique de DPS sur les armes, et bim, la magie opère ! Et sinon, qu’est-ce qu’on fait avec tout ce beau loot ? Soit on le vend pour acheter de la merde cosmétique (on joue à « Bayek avec ses tenues de Medjaÿ » comme Ken dans Toy Story 3, épatant), soit on le décompose pour récupérer des éléments de craft afin de fabriquer équipements et outils. Délicieux ! Ahhhh… Le craft selon Ubisoft. C’est aussi profond que leur arbre de talents est intelligent, et aussi utile qu’un trou du cul au bout de mon coude. Alors, crafter quoi ? Six éléments (brassards, carquois, sacoche…), mais sans jamais avoir le choix : en fait, ce qu’ils appellent craft chez Ubisoft, consiste à collecter des ressources (genre six ou sept, pas plus ; faudrait pas que ça devienne pointu non plus) histoire d’upgrader son personnage.

« Bravo Medjaÿ, tu as collecté six morceaux de bois, et douze cuirs de crocodile : désormais, tes coups au corps-à-corps infligent plus de dégâts » . Waouh, je n’en reviens pas. Quel jeu ! Yeaaaaaah ! Donc, au lieu de nous proposer de faire évoluer l’un des six équipements à chaque montée de niveau, on force le joueur à se farcir de la chasse, ainsi qu’à fouiner dans toutes les nombreuses jarres du jeu pour trouver un bout de cuir, du bois, du fer, ou autres, afin de confectionner un meilleur équipement (sans atelier, outil ou forgeron expert). C’est anti-jeu de rôle, et ça crée du contenu artificiel. Peut-on finir le jeu sans rien upgrader ? C’est ce qui rend l’expérience encore plus pathétique.

Continuons ce désastreux état des lieux avec les quêtes secondaires : elles ont beau être assez nombreuses et proposer parfois une suite d’objectifs dans différents lieux (ce qui n’en fait pas pour autant un gage de qualité), elles ne relèvent pas le niveau général du jeu. D’abord, leurs enjeux sont médiocres : allez venger une mère qui pleure dans la rue, récupérer un butin quelconque, jouer avec des constellations (comme dans une activité niveau CE1), récupérer une caisse dans l’eau… La mise en scène de ces quêtes est un désastre : on a droit à deux personnages qui se tiennent debout, l’un devant l’autre, et discutent comme deux cons sans aucune réaction corporelle, pas de gestuelle, et zéro mise en scène. Ce qui me permet cette transition avec The Witcher 3 auquel on a beaucoup comparé cet Assassin’s Creed.

Sérieusement ? Pi-tié. Aucune mise en scène comme je le disais (on peut tourner la caméra à 360° autour de personnages immobiles, génial), pas d’empathie (tiens, ça revient), aucun enjeu majeur, rien de palpitant, rien à gagner… Le monde est vide de toute substance ludique : des points d’intérêts à aller visiter (c’est inutile, les quêtes secondaires foireuses vous y emmèneront de toute façon) pour donner un sentiment d’exploration. Bonjour l’arnaque : quand on explore, on veut aller vers l’inconnu et l’aventure, prendre des risques, pas se diriger mollement vers des chemins balisés et connus d’avance. Il n’y a aucune interaction possible avec le monde (cueillette, pêche, parler aux inconnus, mini-jeux…). On a le sentiment que le jeu nous balance un grand bac-à-sable avec finalement pas grand chose à faire, si ce n’est escalader les mêmes murs, faire les mêmes quêtes, parcourir les mêmes déserts qui n’en finissent pas, combattre les mêmes gardes…

Non, ce n’est pas non plus du côté des combats qu’il faudra chercher la qualité dans cet Assassin’s Creed. Les contrôles sont beaucoup plus fluides et intuitifs que dans les précédents volets, mais sont très en deçà de ce que propose la concurrence. Alors faire mieux que l’épisode précédent est une bonne chose, cependant, ça ne rend pas le gameplay bon dans l’absolu. Brise bouclier, contre, esquive, coup moyen rapide, coup fort lent, fumigène, fléchette… D’accord, la panoplie habituelle du jeu d’action à la troisième personne. Alors, qu’on se comprenne : les combats ne sont pas mauvais, mais ils ne sont pas bons non plus. C’est tiédasse quoi. La jauge d’adrénaline qui permet de lancer un super coup (avec moult effets visuels) tient plus du combat de super-héros que de ce que l’on peut attendre d’un Assassin’s Creed. D’ailleurs, l’on ne joue plus vraiment un assassin silencieux, rapide, et mortel, mais un bœuf qui n’a ni l’envergure d’un God Of War, ni la dextérité d’un Darksider que je recommande plus volontiers si l’on veut s’amuser en combat.

Mais… Car oui mes frères, en ce jour, je vous le dis : il y a un mais. Le jeu propose une direction artistique phénoménale : il est parfaitement somptueux et nous met face à des panoramas enchanteurs à chaque instant, nous balance des effets météo saisissants (je pense aux tempêtes de sable notamment), du grandiose en pagaille… Le souci du détail est présent dans l’architecture, les costumes de Bayek, les montures et toutes les petites choses qui peuplent le monde : rendu de l’eau, gestuelle des PNJ, faune qui se repose, nage, mange… C’est avec un plaisir palpitant que l’on parcourt cette Égypte fantasmée mais diablement efficace dans son rendu visuel.

Petit bémol tout de même sur la luminosité en pleine nuit : comme dans tous les jeux aujourd’hui, je ne comprendrai jamais que l’on voit la nuit comme en plein jour. Ça ne rime à rien, mais je chipote au vu du travail parfait des artistes d’Ubisoft. En revanche, je ne remercierai jamais assez ce studio vicelard pour l’utilisation de ses systèmes anti-copie qui bouffent 100 % des ressources du processeur, flinguant la fluidité et faisant surchauffer le système. Putain les gars, le jeu est acheté, reconnu sur Uplay (votre plateforme de connards), mais il faut quand même que vous fassiez suer et cracher mon proc pour mieux dormir la nuit ? Merde. Rien que pour ça, vous pouvez brûler en enfer. Je retourne acheter mes jeux sur GOG. Et en tout cas, je n’achèterai plus de jeu estampillé Ubisoft.

 

Rassurez-vous, j’ai gardé le meilleur pour la fin. Si vous avez déjà joué au jeu, de deux choses l’une : soit vous êtes de mon avis, soit vous pensez que je suis un sale con (ce que je dois fondamentalement être pour certaines personnes, je n’en doute pas une seule seconde). Mais dans tous les cas, s’il vous plaît, par pitié, reconnaissez simplement qu’entendre à chaque coin de rue un foutu PNJ vous dire, sur le même ton, et avec la même tête de veau farci à l’opium « Bédé Douk Haï » , ça finit par rendre complètement cinglé. Putain de Bédé Douk Haï.

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A propos de l'auteur : Etienne Navarre

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Joueur insatiable, rédacteur passionné, génie séducteur : le monde a besoin d'Etienne Navarre.

4 Commentaires sur “Assassin’s Creed Origins”

  1. Avatar Toupilitou dit :

    J’entends déjà Gelukpa pester :lol:

    Mais ouais, la formule Assassin’s Creed, ça n’a marché sur moi qu’avec le Black Flag, mais pour le reste, je n’ai pas vraiment d’affinités avec la licence.

  2. Avatar Ninheve dit :

    Parmi tous les assassins creed (je les ai tous fait) , il y a pour moi beaucoup de choses à dire..Les choix des développeurs années après années sont parfois surprenants. (le parcours qui devient un truc automatique…).
    Mais je suis au moins d’accord avec toi sur un point Navarre, Origin n’est pas un RPG. Une bouse? pour moi non. Un grand jeu, pour moi non. Mais je me suis amusée , je n’y reviendrai pas c’est sur.
    Avec le temps, seuls deux assassins creed restent dans ma mémoire comme de très bons souvenirs. Assassin creed 2 (et ses extensions) et black flag. ASII, il y avait de vrais donjons , des énigmes, une histoire. Black flag avait d’excellents combats maritimes, des personnages et un univers attachant.

    Les autres assassin creed ? je les mélange, je m’y suis même ennuyée (du genre celui pendant la guerre d’indépendance américaine…Conoor en plus avait le charisme d’une moule accrochée à son rocher..). Ils avaient en plus fait un sort à desmond…des plus ridicules.
    Enfin pour revenir à Origin, l’histoire ne m’a pas plus marquée que ça, avec une très mauvaise gestion de la relation entre le héro et sa femme.
    Par contre, si vous voulez faire du tourisme dans l’égypte Ptoléméenne, ça vaut le coup d’oeil!

  3. Avatar Marcheur dit :

    Navarre, tu as écrit avec plus de justesse ce que je pense d’Assassin’s Creed Origins que je n’aurais pu le faire 8-)
    Je me suis fait chier au plus haut degré avec ce titre :lol:

  4. Avatar AbounI dit :

    Somme toute, un exemple de plus du résultat obtenu lorsque le paquet est mis sur le rendu visuel en oubliant le reste, gameplay comme mécanique. C’est dans l’ère du temps. On appelle ça le « Decline »


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