Graveyard Keeper

Graveyard Keeper

Il y a des métiers qui m’ont toujours intrigué : comptable, inspecteur des impôts, oncologue pédiatrique, croque-mort, … Comment est-ce que l’on peut choisir une telle voie ? Grande question. Ce Gaveyard Keeper me permet de vivre la vie d’un croque-mort. C’est original. et honnêtement, c’est ce qui m’a attiré dans le produit. Produit qui arrive après la grande mode des survival-crafting games. Choix étrange, d’autant que l’époque est plutôt aux battle royale ou aux Roguelite. C’est bien de ne pas céder à la mode ; bientôt les développeurs vont nous pondre un platformer et il l’appellerons Supervegangirl. Bref, revenons à Graveyard Keeper.

 

Graveyard Keeper est un jeu étrange, même si je sais le définir et le mettre dans une case. Ce serait un jeu de fabrication, un jeu de craft qui se déroule dans un univers complètement farfelu, et il ne s’en cache même pas. Vous êtes un mec (… ouais pas le choix, désolé les LGBT), qui se fait renverser par une bagnole, se fait aborder dans les limbes par un mec a l’œil rouge qui vous dit que vous « êtes le nouveaux gardien du cimetière » . Et hop, nous voilà dans un monde médiéval, sans aucune explications ; le personnage, lui-même ne comprend pas. Oh, et il y a un âne qui parle, un crâne qui parle, un évêque qui brûle les sorcières, etc… Une galerie de personnage hauts en couleurs qui vous accompagne dans vos différentes quêtes. Tout ce que je retiens, au bout de huit heures de jeu, c’est qu’il y a un portail dans un bois et que ça pourrait être votre chemin de retour.

Jeu des créateurs de Punch Club, Graveyard Keeper en garde l’esthétique pixel-art colorée 16 bits. Jeu adorable d’un bout à l’autre, plein de couleurs, même la nuit, un grand plaisir pour la rétine. Je constate malgré tout quelques ralentissements lors du passage de zones. Même si elles sont supposées êtres interconnectées, à chaque transition, j’ai un micro-freeze, pas foncièrement dérangeant mais notable néanmoins. Parlons brièvement de la musique. C’est pas mal, ça s’écoute, mais comme c’est très vite répétitif vu qu’il n’y a pas tant de pistes que cela, elle finit par taper sur les nerfs. Bruitages limités digne du 16 bits, y a rien à en dire, y a rien à en médire.

Parlons du gameplay. Gros morceau. Alors on s’installe, on prend un café, et on déguste. En réalité, le gameplay est connu de tous depuis au moins dix ans : récolter des ressources, pour progresser dans un arbre de compétences, qui débloque petit-à-petit des recettes plus complexes, pour devenir le prélat dont vous avez toujours rêvé lorsque le vicaire du coin vous touchait en disant que c’est « Dieu qui te touche, c’est pas moi » . On commence modestement : du bois, de la pierre, quelques outils. On remet le cimetière en ordre, on ramasse des champignons pour faire la cuisine. Au fur et à mesure, notre maîtrise nous débloque la pierre, le travail du métal, etc…

Le savoir du personnage est divisé en trois pastilles de couleurs : rouge que vous gagnez en faisant un travail physique, vert pour un travail de récolte et de transformation, bleu pour un travail intellectuel (oui, vous apprendrez à faire un livre, des prières, …). Chaque élément peut être recherché pour en connaître les composants, donnant à chaque fois des pastilles bleues. Ces pastilles bleues, rouges, et vertes s’investissent dans un arbre qui débloque de nouveaux schémas et de nouvelles possibilités de récoltes. Rien de bien méchant. En réalité, c’est même plutôt addictif : récolter, planter ses légumes, créer des tourtes, … Ça prend du temps, et on a toujours envie d’en faire un peu plus ; je suis pris au jeu.

Tout ça, c’est super jusque-là. Vous pouvez préparer votre carte bleue. Après tout, un jeu qui propose autant de choses à faire pour un prix aussi modeste, c’est pas tous les jours, mais je vous conseille tout de même de lire ce qui va suivre. Bien que j’aie une certaine affection pour ce jeu, je sais qu’il ne plaira pas à tout le monde, comme Punch Club avant lui. Le jeu devient un maelstrom de choses à faire diverses et variées, au point que l’on ne sache plus où donner de la tête ; le mec vous demande ci, il faudrait faire ça, n’oubliez pas d’aller voir machin, oh je n’ai plus de graines, n’oubliez pas de les planter et de mettre de l’engrais, planter des pommiers, faire un peu de pêche, y a des poules aussi, travail du métal, et puis il y a toutes les quêtes que chaque personnage vous donne. Votre quête de retour est oubliée, sous le poids d’un nombre incalculable de choses disponibles à faire, sans compter le job. Votre job de base : croque-mort.

Vous avez la responsabilité du cimetière. On vous apportera (un âne parlant, en fait) des cadavres régulièrement. A vous de les « arranger » pour qu’ils gagnent en beauté : vider les viscères, le sang, le cerveau. Ensuite, faite une jolie tombe. Plus la tombe est jolie, et plus le corps a été arrangé, plus le score de la tombe sera élevé, donnant un score de cimetière élevé, qui… En fait, à l’heure actuelle, je ne sais plus à quoi sert le score du cimetière ; vous comprenez, 5 000 infos plus tard, j’ai un peu oublié, et je n’ai pas trouvé de moyen de retrouver les tutoriels déjà passés. Je pourrais vous parler des heures de ce que vous pouvez faire, au point que vous finirez par oublier ce que j’ai dit au tout début. Et c’est probablement le premier défaut du jeu : c’est un melting-pot, un millefeuille avec mille choses à faire, trop, et ça part dans tous les sens, au point que si vous n’êtes pas un cerveau ultra-ordonné à la base, vous allez vous éparpiller. Comme moi.

On va parler de ce qui me fâche le plus maintenant : la redondance absolue de ce que vous faites. Votre personnage s’épuise tellement vite que vous faites des allers-retours incessants entre votre lit et vos activités. Le personnage donne trois coups de pioche, et c’est mort, au lit. En tout cas, c’était comme ça au début, fastidieux. Cependant, depuis, le jeu a été patché, et le personnage est un peu moins léthargique niveau énergie ; il peut faire un peu plus avant de dormir, les jours sont plus longs également depuis le patch. Avant, ça passait bien trop vite, certains personnages n’étant là que certains jours, ça devenait une course à la rencontre avant qu’il ne se barre.

Le personnage est, par ailleurs, incapable de la moindre course. redondance inhérente au genre, elle n’est pas aidée par la lenteur du personnage, l’avalanche de trucs et machins, et le manque d’aide de la part du jeu. Il y a très peu de résumés sur ce qu’il faut faire, pas moyen d’épingler une recette, de les triller, pas de piste globale, de journal qui donnerait un fil rouge sur ce qu’il faut faire ou d’aide pour les quêtes. Je vous conseille donc de prendre un calepin et de faire votre propre grimoire ou pense-bête spécial Graveyard Keeper.

Avalanche de choses à faire qui cache un certain manque de profondeur ? Probablement. Une fois tous les aspects maîtrisés et compris, j’imagine qu’arriver à la fin de votre voyage ne doit pas être très compliqué. Mais en tant que néophyte, je peux vous dire qu’en sept heures, j’ai à peine rouvert l’église et commencé une récolte de légumes, je maîtrise le fer et je suis loin d’avoir accès à la ville, l’autre zone. L’ensemble n’est que farm pour du meilleur matériel, dans de très longues et assez complexes chaînes de production qui auraient gagné à être simplifiées.

A tel point que, de votre travail « de base » dont le titre du jeu est tiré, devient une activité parmi tant d’autres qui, au final, ne rapporte pas tant que ça. Et on préfère s’occuper du reste, pendant que l’âne qui parle vous rapporte, de temps en temps, un cadavre à enterrer. Là aussi, il y a plein de choses à faire, probablement trop (crémation, arrangement de fleurs, cérémonies religieuses, et j’en passe), il est regrettable que l’activité la plus originale ne soit qu’un aspect parmi d’autres d’un jeu vous bombardant d’activités. Comme pour un enfant atteint de déficit attentionnel, il faut que le joueur soit constamment en train de faire quelque chose, sinon, il va s’ennuyer, le pauvre. Et pourtant, j’y ai joué un certain nombre d’heures d’affilé (onze heures), et c’est très rare. J’y retournerai probablement juste après avoir écrit ce texte. Il y a quelque chose d’addictif dans ce monde rempli de cadavres en décomposition.

Si vous aimez crafter des trucs, améliorer votre petit chez vous, faire des aller-retours sans arrêt entre vos différents lieux de productions, la ville et le village (même s’ils ont rajouté une pierre de téléportation), ce jeu est fait pour vous. Ce sera même votre paradis, le nombre de craft est immense, bien que le gameplay soit super simple (faut juste maintenir une touche pour construire). Si par contre, vous êtes allergique à toute forme de tâche industrielle répétitive, que vous n’avez pas aimé Punch Club, que crafter pour crafter vous emmerde (il n’y a pas de barres de besoins, à part la fatigue), que la multitude de quêtes sans indications précises et sans journal digne de ce nom pour en garder une trace vous fait perdre vos cheveux, je vous conseille de passer votre chemin.

 

Graveyard Keeper est un jeu répétitif qui demande énormément de temps, avec des chaînes de production complexes qui s’entremêlent dans un bordel sans nom si votre cerveau n’est pas habitué à la compartimentation des tâches. Un jeu qui demande des allers-retours incessants entre les différents lieux du jeu, avec des personnages qui proposent des quêtes à tiroirs qui durent quasi tout le jeu (oui, j’ai été voir le Wiki). Un jeu répétitif au possible, digne des plus grands rêves d’Henry Ford et sa division des tâches, un rêve pour l’ouvrier (= esclave) des chaines de production que vous êtes. Un cauchemar pour ceux qui voudraient un gameplay profond, original, un vrai simulateur de vie…

… Et pourtant, ces chaînes qui se développent vers du plus complexe, du plus beau, du mieux, donnent envie de continuer. J’aime bien construire mon petit chez moi, et quand je me plonge dedans, j’ai du mal à en sortir, d’autant que les développeurs ont écouté les joueurs, et ont rendu l’avatar moins fatigable. Un jeu plein de défauts, un peu buggé, mais qui m’apporte une certaine paix, un certain plaisir. N’est-ce finalement pas ce que l’on demande à un jeu ?

Tags

A propos de l'auteur : Ziltoledodo

Avatar

Un piaf qui ouvre son bec sans style et avec humour (niveau CE1 maximum)

3 Commentaires sur “Graveyard Keeper”

  1. Avatar flofrost dit :

    Je vais faire un petit HS, mais en parlant de gardien de cimetière, si ce n’est pas déjà fait, regardez Dellamorte Dellamore, dans la famille film étrange qui m’ont marqués, il est en tête de peloton.

  2. Ahhh Michele Soavi… J’adore.

  3. Avatar Geralt dit :

    Dellamorte Dellamore, j’en ai un très bon souvenir ouais.


Connectez-vous pour laisser un commentaire

Groupe Steam

Derniers commentaires

Aller à la barre d’outils