Morrowind

Morrowind

Pas d’intouchable aujourd’hui. Morrowind, hein ? Il a fallu des années pour que je relance le troisième opus de la saga des Elder Scrolls, afin de m’assurer de quelque chose. J’ai bien sûr déjà joué maintes fois à Morrowind ; j’ai un très beau souvenir de ce titre, les codes, les mods, l’atmosphère, la bande son, la découverte d’un univers gigantesque… Morrowind est, pour sûr, un jeu qui m’a marqué. C’est pourtant une forme de curiosité étrange qui m’a poussé à jouer à la version Xbox rétrocompatible sur One pour vérifier que le jeu, sans mods, était lui aussi un bon jeu, et un titre qui a traversé les âges sans grandes difficultés. Curieusement, ce n’est pas tant l’âge qui a émoussé l’œuvre de Bethesda, mais elle même qui s’est révélée à moi sous un jour que je ne lui connaissais pas. Un jour étrange où l’on se rend compte que, Morrowind, loin d’être parfait, cumule un ensemble de défauts suffisamment conséquent pour que je décide de me lancer dans une critique de ce dernier. Chronique d’une expérience rafraîchissante, longue, passionnée, et délicieusement mitigée.

 

L’incroyable Jeremy Soule – Morrowind : Main Theme

 

Tout commence bien. L’émulation des jeux de la Xbox première génération est excellente. On retrouve donc Morrowind dans une résolution d’écran qui met en valeur tous ses détails et textures moches. C’est laid, mais c’est d’une précision incroyable. C’est parfait pour apprécier le travail de Bethesda et les lourds compromis faits sur cette version Xbox. Des compromis tels la distance d’affichage sacrifiée, masquée par le célèbre épais brouillard de guerre que ne renierait pas un Silent Hill 2, ou encore les textures appauvries à l’extrême pour que le jeu fonctionne. Si la version Xbox d’origine affichait cela dans une résolution inférieure au 480P, la One X est ici d’une qualité d’affichage d’une extrême fidélité, et parvient même à garantir un 60 fps stable, là où la Xbox crachait ses boyaux pour atteindre le 30.

Donc, là-dessus, tout roule. Je dirais même que Morrowind m’est apparu « mignon » sans le maquillage des mods, dans sa version la plus basique. Il y a quelque chose d’assez fascinant à voir se déployer devant moi un jeu que je n’avais jamais pratiqué sans modifications, et surtout… au pad ? Croyez-le ou non, Bethesda faisait déjà un beau travail d’adaptation, et mis à part l’inventaire conservé à l’identique (et donc peu praticable au stick), le jeu se joue bien à la manette. Curieux, mais appréciable.

De plus, cette version est relativement propre et stable. On peut donc profiter de Morrowind dans des conditions proches de la perfection pour cette version Xbox One. Il est désormais question de décortiquer le fond du jeu. Et c’est là-dessus que l’on va se pencher, parce qu’il y a décidément beaucoup à dire, tant le titre parvient à passer du brillant au médiocre, à la même vitesse qu’un braillard des falaises nous repère et vient nous harceler (Marlène Schiappa, au secours !). Commençons par ce qui fonctionne incroyablement bien, et même mieux que Skyrim et Oblivion : bordel de merde, cet univers est fascinant.

Tout le monde en dit quelque chose, les Dunmers, Morrowind, Vaardenfell, Vivec, Balmora, Seyda Nihin… Les personnages sont bavards et délivrent des tirades pour décrire le monde dans lequel l’on évolue. Un véritable travail de titan que la rédaction de pavasses de textes, curieusement fort bien lisibles, même sur un écran à grande diagonale. On lit, on lit des tonnes, on lit comme je ne lis que rarement dans un jeu vidéo, et Morrowind devient à chaque mot plus palpable. Ce que Bethesda ne peut représenter par manque de moyens techniques devient évident par le dialogue et le verbe, si bien que l’on finit par pleinement comprendre l’univers dans lequel on est. Merveilleux.

Hélas, cet univers reste bien hermétique à un quelconque impact du joueur. Mis à part des listes de questions et sujets que l’on peut approfondir, il n’est que rarement question de pouvoir faire un choix, et ses choix sont rarement impactants. Partant de là, difficile de s’investir pleinement, vu que nous n’avons pas les outils. Ainsi, l’univers fascinant de Bethesda est un plaisir à découvrir, mais aussi une profonde frustration de ne le voir que trop rarement répondre à nos actions. Hyeron ne s’y est pas trompé dans son superbe article. Morrowind est avant tout un jeu d’action avec un système de combat tiré d’un RPG. Système qui d’ailleurs ne me dérange plus dans la mesure où j’ai abordé le titre avec beaucoup de recul et peu d’attente ; un regard neuf, non pas vierge, mais mettant de côté ce que je ressentais à l’époque pour le jeu.

Ainsi, j’ai aussi pu juger sur pièce l’écriture du titre. Elle est de piètre qualité. Fort en détails, les textes descriptifs fournis par chacun des personnages sur le monde qui nous entoure ne laisse que peu de place au développement du personnage en lui-même. Pis, la question des quêtes est encore là particulièrement épineuse : elles sont rarement passionnantes, souvent expédiées, et proposant des dilemmes au mieux honnêtes, au pire artificiels au possible. Là encore, Bethesda ne sait pas faire usage des caractéristiques de notre personnage pour donner un intérêt social à avoir une grande force, une grande intelligence, et le fait d’avoir de la personnalité n’a finalement que très peu d’incidence concrète, mettant en exergue un point central dans ce qui m’a déplu de Morrowind : il est déséquilibré.

Un personnage devra toujours, pour être viable à court comme à long terme, privilégier l’action, le combat. C’est d’ailleurs là où l’on voit que Bethesda n’a jamais eu à cœur de faire dans le RPG ouvert et développé. Comme le dit si bien Hyeron, Morrowind est un jeu d’action maquillé, finalement précurseur dans ce qui frappera de plein fouet le « RPG » à l’avenir. Les statistiques sont finalement peu nombreuses, les paramètres à prendre en compte eux aussi, le côté simulation de vie très factice tant le monde se trouve imperméable à nos actions. En réalité, Morrowind n’offre que peu de choix de rôle, mais offre la même formidable liberté d’action qui profitera à tous les Elder Scrolls. Malheureusement, nous venons là à un point où Oblivion et Skyrim sont formidablement meilleurs que le troisième opus de la saga : l’exploration.

Morrowind est un univers fascinant dans la manière qu’il a de nous être décrit, mais admettons-le : le monde ouvert n’est pas loin d’être totalement à la rue. Enchaînant les donjons mal agencés ou médiocrement conçus, n’arrivant jamais à proposer de lieux mémorables en dehors de ces (superbes) villes et villages, sortir des sentiers battus de Morrowind est une vraie sinécure tant on s’y fait gravement chier. Le pire étant que la variété de l’environnement est très limitée à la réalisation technique d’époque ; si le dépaysement de Vaardenfell est un fait non discutable au regard de son contexte politique et culturel, difficile d’en dire autant des environnements grisâtres, mornes et vides qui nous entourent. Un défaut imputable en partie à des limitations techniques d’époques, mais tout de même, un tel différentiel entre la qualité incroyable des architectures des cités et la platitude extrême des environnements sauvages… C’est douloureux.

Moins douloureux : la richesse des équipements à récupérer, tandis que le sentiment d’accomplissement dans le fait de découvrir un objet est proprement grisant. Dépourvu ou presque d’indications, Morrowind est un jeu résolument hardcore qui laisse le joueur se dépatouiller. Ainsi, on a un certain plaisir à découvrir des objets cachés ici et là, un plaisir paradoxal car il n’y a, comme je l’ai dit, pas de plaisir de la découverte en dehors des villes. On jongle alors entre le sentiment de s’emmerder sec en explorant de ci de là, mais on saute de joie à la découverte d’une épée de verre, ajoutant aussi par ailleurs l’agréable fait qu’il n’y a pas de mise à niveau des ennemis par rapport à notre progression. On a donc le droit de se faire latter les couilles au début du jeu, puis de latter les couilles de tout le monde à la fin ; bordel, ça fait du bien après les stupides Oblivion et Skyrim.

Si vous adhérez à la proposition ludique de Morrowind, tout en découverte d’un monde dont la toile de fond est fascinante et dont l’exploitation est très bancale, vous en aurez pour un très grand temps de jeu. Malheureusement, l’intérêt tout relatif des quêtes et des personnages fait que l’on s’attache finalement à un univers, mais jamais à ce qui le compose précisément. Si parfois Bethesda parvient à insuffler un brin de personnalité à un de ces personnages, ce n’est jamais qu’une ébauche. Aussi, une quête se fendra parfois d’une belle idée, mais jamais au point de pleinement satisfaire le joueur exigeant. Morrowind est paradoxalement un jeu que l’on m’a présenté et décrit comme incroyablement profond, mais une fois investi dedans, et mis de côté son univers fantastique… il m’apparaît finalement creux. Très vide. Facile à cerner et difficile à aimer pour ce qu’il propose de ludique.

J’ai donc continué à jouer, pestant contre un système de progression déséquilibré et peu avenant, des combats aux allures toujours aussi étranges, aux braillards des falaises qui cassent les couilles, à ce bestiaire original et fascinant, à ses villes enivrantes de beauté et d’exotisme, à ses plâtrées de textes descriptifs passionnantes et ses dialogues au raz des pâquerettes… Déséquilibré. C’est le mot, ou plutôt diablement bien équilibré pour me maintenir dans ce constant état d’indécision, de savoir à la fois ce que j’en pense à un moment bien précis, pour mieux tout chambouler dans le suivant. Toujours en équilibre sur le fil de la neutralité, trouvant le titre à la fois aussi fascinant que ce qu’on m’en a dit, et finalement aussi repoussant qu’il me semblait lorsque je mettais de côté le fond de l’univers.

Finalement, ce qui m’a fait tenir, c’est cette faim du détail, cette faim de l’univers qui se déploie toujours plus loin et plus grand dans mon imaginaire qu’il ne le sera jamais à l’écran, en état d’hypnose constant, bercé par les formidables compositions de Jeremy Soule. Les heures passent, le jeu ne change jamais d’équilibre et reste constamment sur ce mélange de notes merveilleuses et de fausses notes, créant une musique agréable et agaçante à la fois, comme si on passait à côté de quelque chose de grandiose tout en appréciant ce qui l’est déjà.

Vient alors le moment du verdict, du constat pur et simple : Morrowind appartient probablement à une époque où il avait un pouvoir autrement plus puissant d’hypnose. Peut-être que le recul aidant, le vieillissement de ses mécaniques en plus, le jeu de Bethesda apparaît toujours si singulier, grandiose sur les points qui comptaient probablement le plus à l’époque, sauf que le tout est désormais dissonant, sans jamais attaquer le titre directement sur sa technique. Morrowind paraît pourtant plus que jamais praticable, non pas pour se moquer de lui et souligner le temps qui a passé, mais pour comprendre ce qui fait encore sa grandeur et ce qui, paradoxalement, aurait sans doute dû être plus souligné à l’époque. En effet, ce qui compose la sève de la formule Bethesda n’a fait que s’améliorer par la suite.

Il reste donc à Morrowind son univers merveilleux, son côté délicieusement hardcore dans la manière qu’il a d’exiger que tu te démerdes, une certaine clarté des contrôles, une bonne maniabilité globale, un contenu gargantuesque, et une architecture toujours aussi incroyable. Un univers qui n’est plus si beau mais qui vibre encore grâce aux intemporels compositions de Jeremy Soule, et l’imaginaire nourri aux nombreux textes qui embellissent des paysages désormais vides et laids, en plus d’être ternes.

 

Plus que jamais, Morrowind est un titre qu’il faut pouvoir investir de manière imaginative pour en tirer toute la sève et le plaisir, ou répondre à l’appel des mods qui en ont fait un tout autre jeu, bien meilleur, mais qui n’a plus grand chose à voir avec l’œuvre de Bethesda. Elle m’est apparu pour ce qu’elle a toujours été pour moi : fascinante à n’en pas douter, mais faiblarde sur le plan ludique, et médiocre sur bien trop de points pour que je la considère comme un bon RPG. Mais il s’agit cela dit à n’en point douter du meilleur Elder Scrolls en matière de dépaysement et d’univers, qui a encore aujourd’hui un pouvoir d’attraction certain, et rien que ça, ça vaut une recommandation. A découvrir sans aucun mod avant de lui en coller une bonne plâtrée, parce que bon, l’imaginaire, c’est super cool, mais à un moment faudrait aussi que le jeu soit bon. Cette conclusion est probablement plus dure qu’elle n’était sensée l’être, mais elle correspond parfaitement à mon expérience, bien qu’il faille parfois mettre les bons mots sur ce qu’on ressent : Morrowind n’a jamais été un bon jeu pour ma part, mais il a toujours été un voyage hors du commun. C’est probablement plus précieux que de simples bonnes mécaniques de gameplay.

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A propos de l'auteur : Marcheur

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Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

5 Commentaires sur “Morrowind”

  1. Avatar Geralt dit :

    Ça fait froid dans le dos… :oops:

    Moi qui n’a jamais fait le jeu, ça pourrait presque me rebuter. Enfin j’ai seulement joué aux premières minutes du jeu.
    Je compte bien me le faire un jour mais ce ne sera pas du 100% vanilla, vu que ce sera avec OpenMW.
    Ce serait intéressant aussi d’avoir un avis de joueur sur OpenMW et qui connaît déjà bien le jeu vanilla, et pas uniquement l’intro du jeu quoi.

  2. Avatar Marcheur dit :

    Ça fait froid dans le dos… :oops:

    Moi qui n’a jamais fait le jeu, ça pourrait presque me rebuter. Enfin j’ai seulement joué aux premières minutes du jeu.
    Je compte bien me le faire un jour mais ce ne sera pas du 100% vanilla, vu que ce sera avec OpenMW.
    Ce serait intéressant aussi d’avoir un avis de joueur sur OpenMW et qui connaît déjà bien le jeu vanilla, et pas uniquement l’intro du jeu quoi.

    Bah en vrai, j’ai passé un bon moment mais faut vraiment s’investir à fond pour en profiter. Comme beaucoup de jeux d’époques, ça reste un titre qui vieilli et qui vieilli sur des aspects ludiques sur lesquels il était déjà vieillot. Donc ouais, modder c’est une autre histoire, mais le vanilla, même en 4K, ça commence à devenir problématique bien que toujours fonctionnel.

  3. Avatar kworld dit :

    Ça fait froid dans le dos… :oops:

    Moi qui n’a jamais fait le jeu, ça pourrait presque me rebuter. Enfin j’ai seulement joué aux premières minutes du jeu.
    Je compte bien me le faire un jour mais ce ne sera pas du 100% vanilla, vu que ce sera avec OpenMW.
    Ce serait intéressant aussi d’avoir un avis de joueur sur OpenMW et qui connaît déjà bien le jeu vanilla, et pas uniquement l’intro du jeu quoi.

    Bah en vrai, j’ai passé un bon moment mais faut vraiment s’investir à fond pour en profiter. Comme beaucoup de jeux d’époques, ça reste un titre qui vieilli et qui vieilli sur des aspects ludiques sur lesquels il était déjà vieillot. Donc ouais, modder c’est une autre histoire, mais le vanilla, même en 4K, ça commence à devenir problématique bien que toujours fonctionnel.

    C’est vrai que l’expérience vanilla de Morrowind a pas mal vieilli (ce qui m’irrite le plus ce sont les PNJ qui font la même chose au même endroit quelque soit le moment de la journée ! ), mais j’adore toujours autant cet univers ! :love:

    Et une fois modé il s’en sort vraiment pas mal, en plus OpenMW progresse vraiment bien ces dernières années donc on peut enfin profiter d’un moteur moderne ! (et opensource/multiplateforme :wink: )

  4. Avatar Marcheur dit :

    Pour sûr que l’univers est dingue, vu qu’il reste attractif malgré le visuel et le gameplay on est en face d’un truc qui vieillira jamais.
    Eh ouais la communauté de modder s’est toujours assuré de rendre Morrowind viable de l’époque de sa sortie à encore aujourd’hui. Pour ça que c’est un jeu introllable, il a une communauté pour lui faire une cure de jouvence annuelle. Incroyable qu’un jeu qui dépasse désormais les quinze ans ait encore droit à pareil traitement :cool:

  5. Avatar Geralt dit :

    Et une fois modé il s’en sort vraiment pas mal, en plus OpenMW progresse vraiment bien ces dernières années donc on peut enfin profiter d’un moteur moderne ! (et opensource/multiplateforme :wink: )

    Vive OpenMW ! J’attends la 1.0… :roll: :love:


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