The Missing : J.J. Macfield And The Island Of Memories

The Missing : J.J. Macfield And The Island Of Memories

Vous ne lirez tout ça qu’en 2019, mais sachez que l’année 2018 a eu une conclusion assez incroyable. J’ai fait la découverte sur le tard du tout dernier jeu d’Hidetaka Suehiro aka Swery, et de son studio White Owl Inc (ceux ayant joué à D4 apprécieront). Sorti le 11 octobre 2018, soit quinze jours avant Red Dead Redemption 2, et proposé au prix de 30 euros, ce qui, pour un jeu de puzzle / réflexion / plateforme en 2D, a de quoi faire fuir. Pas étonnant que le jeu n’ait pas reçu la lumière nécessaire à un quelconque succès. C’est pourquoi, entre autre, aujourd’hui, je me fend d’une critique de ce jeu, car j’aime Swery, c’est vrai, mais ce n’est pas que pour cela. C’est aussi parce que The Missing est un jeu admirable sur bien des aspects.

 

Deadly Premonition et D4, deux jeux imparfaits qui ont mon admiration la plus totale. Hidetaka Suehiro fait partie de ces rares développeurs qui parviennent à se hisser en tant qu’auteur. En ce sens, il est difficile d’être populaire, bien que le game designer a tout de même son public. D’abord hésitant à l’idée de craquer pour son nouveau jeu à un prix si important, j’ai décidé après une légère remise de craquer. Et je vous conseille, si vous aimez le monsieur, de payer le prix plein, parce que The Missing les vaut.

Nous allons commencer par évacuer ce qui ne va pas : The Missing, à l’instar de Deadly Premonition et D4, n’est pas très joli. Pour tout dire, il se révèle parfois même assez hideux, mais ce n’est pas une surprise. Mis à part quelques scènes et séquences plus réussies que le reste sur le plan esthétique, globalement, le jeu de White Owl Inc est indigne de sa génération, et rappelle en cela Deadly Premonition. Fort heureusement, les jeux de Swery ont souvent des petits « trucs » dans la réalisation qui font passer le tout. Ici, on remarquera que les environnements sont assez variés, que l’esthétique s’essaye à prendre quelques risques qui peuvent payer, et enfin, les multiples références ou clins d’œil aux anciens jeux de Swery font plaisir, mieux, créent du liant.

Mais nous parlerons de cela plus tard. Continuons sur les critiques. The Missing a aussi quelques problèmes techniques assez indignes vu sa tronche (le framerate peut chanceler, les freezes peuvent intervenir, etc…). Le bilan technique n’est pas impeccable, et même, nous pourrons reprocher des checkpoints fort mal positionnés, trahissant encore un manque de maturité de l’équipe ayant réalisé le titre. On pourra aussi signaler que, vers la fin du premier tiers du jeu, un certain lieu vient ralentir le rythme, ce qui est assez dommageable, mais cela se pardonne lorsqu’on se rend compte que le reste du jeu est admirablement rythmé.

Enfin, disons-le : si l’anglais vous effraie, passez votre chemin. La seule langue accessible est l’anglaise, sinon c’est du japonais ou du chinois. Il y a bien le chinois simplifié, mais mon petit doigt me dit que… même simple, il y a de fortes probabilités pour que vous ne sachiez pas le lire. Enfin, ça se trouve c’est moi qui suis inculte et qui ne sait pas lire le chinois simplifié en 2018, mais bon, vous êtes prévenu. C’est pas de l’anglais très littéraire, bien qu’il y ait deux-trois mots qui sont un poil plus soutenus.

Maintenant que nous entrons en terrain « tout est bien dans le monde » , commençons par signaler que Swery accouche enfin d’un bon gameplay. Waow ! Difficile à croire, mais les mécaniques de jeu basées sur la régénération du corps de notre personnage et des diverses énigmes liées à son démembrement, son incinération… Quoi, ça paraît bizarre à l’écrit ? Sachez que ça l’est autant en jeu. Mais oui, le gameplay à base de plateforme simple et de réflexion repose sur l’idée que votre personnage est immortel, et peut donc faire usage de son corps pour résoudre divers défis. Exemple tout con : un lieu plongé dans l’obscurité ? Enflammez votre personnage et foncez ; plus de problème de visibilité.

Cette idée, si elle fait sens d’un point de vue ludique et s’avère particulièrement maligne grâce à un bon level design, a aussi une autre grande force : elle fait sens du point de vue de l’histoire. Et c’est une nouvelle fois là-dessus que Swery s’illustre, avec une galerie de personnages mis en scène de manière directe (à l’écran) ou indirecte (via l’écran… du portable de votre avatar). Très vite, on s’attache à chaque protagoniste et on se rend vite compte que chacun a un vrai fond, si bien que je me suis pris à lire tous les messages. Lire, oui, moi… Et je pense que vous allez lire aussi. Parce que le téléphone portable de notre avatar a bien des choses à conter qui font de The Missing un trésor de narration subtile et maîtrisée.

Car si l’action et l’environnement raconte quelque chose, c’est bien via le portable que l’histoire se dévoile le plus. Grâce à ce procédé, Swery évite la surcharge d’informations données dans le récit, et permet de transmettre des détails sur ces personnages sans rendre cela bourratif ; on apprend à les connaître dans des conversations qui ont un but et un sens. Il ne m’a pas fallu longtemps pour être complètement happé par le récit, si bien que j’ai fini le jeu en six heures… dans la même journée.

Je ne vous mens pas lorsque je vous dis que la narration est excellente. Swery a la parfaite maîtrise de ce qui doit être dit au bon moment pour faire monter le suspens, nourrir la curiosité, pour enfin balancer des éléments de réponse. Mais bien sûr, tout fait sens dans un grandiose final. D’un point de vue purement ludique et surtout narratif, toute la poursuite finale est un exemple à suivre. Swery a déjà prouvé qu’il savait comment surprendre le joueur par le gameplay et ses histoires, mais il n’a probablement jamais été aussi loin dans son délire. Pourtant, on est surpris, mais pas désarçonné comme la fin de Deadly Premonition pouvait l’être.

Le jeu propose tout du long des collectibles à trouver, via des micro-puzzles supplémentaires, ainsi que des bonus sous formes d’artworks à débloquer, et même… des cheat codes. Alors rien de tout ça ne va faire éclater le compteur d’heures de jeux, mais bon, The Missing se finit bien, et a juste assez de défis et de variété pour être passionnant tout du long. Un premier jeu extrêmement humble mais aussi très réussi pour White Owl Inc, qui aborde assez frontalement et adroitement des thèmes très sensibles. Swery prouve qu’il a la sensibilité humaine et littéraire nécessaire pour parler de choses qui gênent, sans paraître maladroit, si bien que sa nouvelle histoire m’a ému aux larmes… Et je sortais d’Ashen, donc la barre était très, très haute en termes d’émotions ressenties.

 

Vous n’en entendrez peut-être pas parler en dehors d’ici, mais je ne peux que vous recommander très chaudement d’ajouter The Missing à votre liste de souhaits sur Switch, Xbox One, PS4 ou Steam, afin d’être prévenu quand promo il y a. Le dernier jeu d’Hidetaka Suehiro démontre que, malgré sa pause, il n’a rien perdu de son talent de narrateur, et a même probablement encore gagné en finesse d’écriture, ainsi qu’en expertise dans le game design. Il me tarde de le voir à l’oeuvre sur The Good Life prévu pour 2019, même si The Missing est quelque part déjà suffisamment bon pour ne pas faire la gueule à côté de Deadly Premonition. Swery continue son « sans faute » avec un nouveau jeu dont peu seront les curieux à l’avoir fait, mais nombre d’entre eux seront pleinement conquis par l’univers loufoque et terriblement humain du développeur japonais. Merci Swery, ça fait du bien de te revoir !

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A propos de l'auteur : Marcheur

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Enfant attardé de Kreia et d’Alfred de Musset. Pense que tout est narration, et répète sans cesse qu’il donne tout en dansant comme un ouf

2 Commentaires sur “The Missing : J.J. Macfield And The Island Of Memories”

  1. Avatar All_zebest dit :

    Je n’avais pas du tout accroché à D2 (oui, je parle du 2 et pas du 4) mais là, tu m’as donné envie ! La vidéo sur la page Steam m’a convaincu. Je me prendrai un jour ou l’autre car son originalité et son côté art et essai me plaisent beaucoup. Merci pour cette découverte.

  2. Avatar Marcheur dit :

    Je n’avais pas du tout accroché à D2 (oui, je parle du 2 et pas du 4) mais là, tu m’as donné envie ! La vidéo sur la page Steam m’a convaincu. Je me prendrai un jour ou l’autre car son originalité et son côté art et essai me plaisent beaucoup. Merci pour cette découverte.

    De rien, toujours heureux de faire découvrir des jeux méconnus qui mériteraient un peu de lumière :cool:
    Tain, j’ai jamais fait D2, il serait temps d’y jeter un oeil :smile: même s’il n’y a pas de liens entre D, D2 et D4 :lol:


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