The Sexy Brutale

Sexy Brutale

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en lançant ce jeu. La seule chose dont je suis sûr, c’est que j’aime les jeux indépendants avec un concept farfelu. Et il faut dire que, sur ce point, je n’ai pas été déçu ! Imaginez que l’on mélange les règles de Hitman, Braid, et du Cluedo. Le résultat de cette union contre-nature a de grandes chances de ressembler à un hybride mutant avec trois bras. Mais il n’en est rien ! A la place, je me retrouve face à un chouette jeu d’aventure et d’enquête, certainement pas inoubliable, mais sur lequel j’ai tout de même passé de bons moments.

 

La première chose qui marque, c’est le titre. Je serais curieux de savoir ce qu’il s’est passé dans la tête des développeurs pour qu’ils se disent que ça allait être une bonne idée d’intituler leur jeu ainsi. L’influence de l’éthanol y est-il pour quelque chose ? Quand on s’appelle Tequila Works, la question peut sembler légitime… Mais ne nous arrêtons pas sur l’intitulé, et intéressons-nous plutôt a ce que The Sexy Brutale peut bien nous raconter. À peine ai-je lancé la partie qu’une femme, nue, ensanglantée, et sortant du sol m’interpelle. L’apparition m’apprend que je me trouve dans un manoir sobrement nommé « Le Sexy Brutale »… Drôle de choix pour renommer sa demeure ; mais qui suis-je pour juger ?

Elle m’explique que le maître des lieux a convié dans son fastueux manoir-casino sept invités pour une sauterie toute particulière. En effet, ce fourbe compte éliminer toutes ses convives avant la fin de la journée par l’intermédiaire de ses majordomes masqués. En plus de les rendre flippants, les masques de carnaval qu’ils abhorrent semblent liés à une malédiction meurtrière. Avant de replonger dans la flaque sanguinolente par laquelle elle est arrivée, la mystérieuse femme zombie me confie une montre qui va pouvoir me permettre de revivre cette journée de « petit meurtre entre amis » indéfiniment.

Comme vous pouvez déjà le constater, le scénario semble partir un tout petit peu en couille. À ce stade du jeu, je vous déconseille d’essayer de comprendre ce qu’il se passe. Contentez-vous de suivre ce que l’on vous demande. Le dénouement de l’histoire se chargera de répondre à toutes vos questions restées en suspend. Ce procédé scénaristique m’a tout de même un peu saoulé ! Avant d’arriver à la fin du jeu, j’étais tout le temps entrain d’essayer de comprendre ce que je foutais là, quel était mon but, et surtout, pourquoi j’étais obligé de suivre les ordres d’une lépreuse décrépite. Heureusement, les révélations qu’apportent la conclusion donnent un sens à tout cet imbroglio scénaristique.

En suivant une thématique basée sur le meurtre, on s’imagine que le jeu va adopter un point de vue sombre, car il faut avouer que pour l’instant, ça ne transpire pas la joie de vivre. Mais détrompez-vous ; il suffit de jeter un œil aux screenshots pour se rendre compte que la direction artistique suit une ligne plutôt guillerette. Le Manoir évoque une maison de poupées chargée d’apparats Art-Déco. Les personnages adoptent un style cartoon et s’apparenteraient presque à de petites figurine animées. Le tout baigne dans une ambiance sonore qui oscille entre swing et jazz. Je tiens à ajouter que ces musiques pleines d’entrain peuvent vite se montrer répétitive, et m’ont même parfois plutôt pris la tête sur la durée.

La caméra, quant à elle, adopte une vue perspective assez étrange, à la limite de l’isométrique. Ce choix de point de vue a pour conséquence d’afficher une unique pièce du manoir sur l’écran. L’idée était peut être de renforcer l’impression de faire évoluer des figurines dans leur maisonnette, mais en termes de rendu, je ne trouve pas ça terrible. Vu que les zones ne remplissent pas l’écran, elles sont en permanence entourées de noir. À moins qu’il ne s’agisse d’un tour de passe-passe afin d’éviter de zoomer sur des modèles 3D pauvres en polygones ? Posez vos bâtons ! L’heure de la lapidation n’est pas encore arrivée ; ce serait injuste de cracher sur les graphismes du jeu, car il faut admettre que l’ensemble apporte un rendu visuel agréable. Les détails sont nombreux et chaque quartier du manoir bénéficie d’une identité propre, même si parfois, j’ai trouvé cela un peu trop chargé, à la limite du kitsch.

Maniaque Mansion

Tant qu’à faire dans l’atypique autant y aller à fond, et il faut dire qu’en termes de mécaniques de jeu, The Sexy Brutale innove. Notre objectif sera de crapahuter à travers les différentes zones du manoir pour empêcher l’assassinat des sept convives. Chacune de ces cibles ont des routines pré-établies ; il faudra les suivre, écouter leurs conversations à travers les portes, et anticiper leurs actions jusqu’à arriver au moment fatidique de leur trépas. Dès que la journée prend fin, les pendules sont remises à zéro, et nous voila reparti avec les infos que l’on a glané la veille pour empêcher que le meurtre ne se produise. Une fois sauvés, les invités sont délivrés de l’emprise (démoniaque ?) du masque de carnaval qu’ils portaient.

En nous le remettant, un pouvoir nous est accordé afin d’augmenter la portée de nos investigations. Sauver la cantatrice, et on débloque le pouvoir de casser les vitres (en hurlant trèèès fort). Tel un Metroidvania, la demeure ouvrira ses secteurs petit-à-petit en fonction de nos trouvailles. Les énigmes ne sont jamais tirées par les cheveux et suivent une logique claire. Peu de chance de choper une crampe cérébrale vu que nous ne nous retrouverons pas à devoir combiner des objets improbables comme dans des point’n click oldschool. La mécanique principale du jeu me rappelle le film Un jour sans fin, et je dois admettre qu’il existe peu de titres m’ayant proposé ce genre d’expérience.

Notons également la présence d’une composante d’infiltration, vu qu’il est recommandé d’éviter tout contact visuel avec les personnages qui gravitent dans le manoir. Si nous sommes repérés, l’action se fige, et il n’est plus possible d’interagir avec les éléments du décor. La seule chose qui ne restera pas statique, c’est le masque du PNJ, qui nous traquera afin de nous infliger des dommages (… faut pas chercher à comprendre). Bon, à moins d’être parti faire pleurer le colosse, je n’ai jamais perdu de cette manière, étant donné qu’il faut se faire toucher pendant plus de cinq secondes pour provoquer un redémarrage inopiné de la journée. Il devient alors tout à fait possible de parcourir le jeu sans avoir peur de se faire repérer, et la contrainte de l’infiltration tombe à l’eau. Dommage…

Manoir et blanc

Mais, The Sexy Brutale, ce n’est pas qu’un concept fun et original dans un emballage kitsch. C’est aussi des mécaniques de gameplay un poil bancales. Étant donné qu’il s’agit d’un jeu d’aventure en vue de dessus (ou presque), j’ai naturellement opté pour une configuration au clavier / souris en imaginant qu’il s’agissait de la façon la plus appropriée pour profiter du jeu. Malheureusement, mes certitudes furent balayées lorsque je m’aperçus que pour déplacer le personnage, il fallait maintenir le clic droit enfoncé, et positionner le curseur dans la direction où l’on voulait qu’il se rende. Ce n’est pas déplaisant pendant dix minutes, mais passé ce délai, une douleur dans le doigt m’a convaincu de switcher avec ma manette. La jouabilité gagne alors en ergonomie et toutes les actions semblent optimisées pour jouer avec un pad.

Mon choix fut conforté lors des dernières missions, qui demandent de parcourir le manoir en long, en large, et en travers. Le choix des développeurs de scinder l’affichage à l’écran d’une seule pièce met à mal le rythme du jeu. Je me souviens de l’ennui ressenti, lorsqu’il m’a fallu traverser dix pièces aller, et dix pièces retours, juste pour ramener un objet à la con. Le déplacement de notre personnage aurait mérité à gagner en fluidité. J’ai comptabilisé que le temps qu’il fasse l’animation d’ouverture de porte, qu’il traverse la pièce, et qu’il ouvre l’autre porte, cela pouvait monter à cinq secondes. Bon, dit comme ça, ça peut ne pas sembler long, mais je peux vous affirmer que ingame, ça prend un temps dingue ; vaut mieux bien anticiper ses déplacements !

Je déplore également le manque de clarté de la carte, bien que l’on puisse voir le déplacement de certains PNJ et l’indication des indices découverts. J’ai trouvé dommage que les jonctions entre les étages et le nom des zones du manoir ne soient pas écrites en surimpression (… ils ne sont même pas écrits du tout). Forcément, on se perd, on tâtonne, on cherche un secteur qui est à l’opposé de là où on est, et cela nous force à traverser encore davantage de pièces au rythme d’un escargot sous Prozac. J’ai pu lire ailleurs qu’ il est reproché au jeu d’être trop court. Eh bien je peux vous certifier que, dans ces moments-là, j’étais pressé d’arriver au bout ! En effet, il faut compter entre six et huit heures pour arriver à la fin. Personnellement, j’ai trouvé cette durée tout à fait appropriée et qu’il n’y avait pas besoin de faire davantage durer le « plaisir ».

J’aurai tout de même aimé visiter quelques zones supplémentaires avec d’autres convives à sauver, mais si cela implique que la mission finale soit encore plus longue, je pense que la durée de vie actuelle est plus qu’adéquate ! De toute façon si on en veut encore, il est toujours possible de vagabonder dans le manoir à la recherche des collectibles loupés après avoir clôturé l’histoire principale .

 

The Sexy Brutale propose une expérience qui sort des sentiers battus, à base de retournement temporel et d’énigmes légères. Le scénario, au départ sans queue ni tête, n’apporte sont lot d’explications qu’à la toute fin. Mais avant d’y parvenir, il va falloir se coltiner un perso qui se déplace à 2 km / h, tout en essayant de se guider dans un manoir tortueux avec une carte pas claire. L’addition de ces problèmes d’ergonomie nuit à l’expérience, mais n’entache en rien la fraîcheur du concept. Ce qui restera à l’esprit une fois qu’on l’aura terminé, c’est l’agréable sensation d’avoir joué à une partie de Cluedo inversé.

Tags

A propos de l'auteur : Manitek

Avatar

Chaman sonore, coach de carnivores aquatiques, et rédacteur à ses heures perdues...Pour accompagner votre lecture d'un accompagnement sonore : https://soundcloud.com/lemanitek

0 Commentaires sur “The Sexy Brutale”


Connectez-vous pour laisser un commentaire

Derniers commentaires

Aller à la barre d’outils